Exploitation - La Solution Agroforestière
L'acacia auriculiformis
Un espoir pour les populations paysannes
Quand on entre pour le première fois dans la plantation de Mampu après avoir traversé l'immensité de la savane du plateau Batéké, on est loin de pouvoir s'imaginer le véritable intérêt de cette forêt d'acacias : le maintien de la fertilité des sols dans la perspective d'une production commerciale durable de vivriers.
Une découverte
La fertilité du sol bénéficie de la présence de l'acacia
A ses débuts, la plantation de Mampu avait pour but la production industrielle de charbon de bois à destination du marché de Kinshasa. Les initiateurs de ce projet cherchaient, de la sorte, à diminuer l'exploitation des galeries forestières naturelles en coupe rase qui représentait alors la seule source de matière première pour produire ce combustible domestique indispensable aux ménages des centres urbains du pays.
C'est donc dans le cadre de ce projet, et au détour d'un heureux hasard, que l'influence bénéfique de l'acacia sur la fertilité du sol a pu être identifiée avec notamment l'observation d'apparitions spontanées d'essences (trouvées habituellement dans des forêts secondaires) ainsi qu'une amélioration des rendements agricoles pour les cultures implantées sur des surfaces ayant fait l'objet d'une exploitation d'acacias au préalable.
L'explication
Fertilisation en azote par les racines d'acacia
Comme toutes les légumineuses, l'acacia fixe l'azote de l'atmosphère au niveau de ses racines pour le restituer au sol. Cela contribue de manière significative à l'augmentation des rendements de cultures faites sur des surfaces ayant été préalablement plantées d'acacias.
Fertilisation en potasse par les résidus de la carbonisation
Par ailleurs, le travail de transformation en charbon de bois des arbres d'acacias abattus s'accompagne invariablement d'une dispersion de résidus de la carbonisation sur le sol. Une fois enfouis, ces petits morceaux de charbon deviennent une source de potasse et de matière organique pour le sol. Or, la potasse est un engrais indispensable aux plantes à tubercule comme le manioc (le produit vivrier de base du régime alimentaire des populations locales). Enfin, ces morceaux de charbon améliorent également le potentiel de rétention en eau du sol - une propriété particulièrement bienvenue pour ces terres sablonneuses de savane.
Protection du sol et fertilisation progressive
La couche de matière organique non décomposée que constituent les feuilles sèches d'acacia protège la structure du sol au retour des pluies. Par la suite cette matière organique diffuse par sa décomposition progressive des éléments minéraux aux niveau des racines des plantes. La lenteur de cette décomposition s'explique par la faible activité microbienne dans ce type de sol.
Une jachère "productive"
Une source de revenu supplémentaire et une activité productrice d'emplois
Les jachères de Mampu sont donc constituées de forêts d'acacias. Celles-ci permettront, à terme, de produire du charbon de bois avant de libérer leurs surfaces pour une mise en culture. Le charbon de bois ainsi produit et vendu permettra à l'exploitant de disposer d'un fond pour financer les travaux de mise en culture au moment opportun ou de subvenir aux besoins de sa famille dès à présent. Qui plus est, l'abattage des arbres et la transformation de ces derniers en charbon de bois nécessitera une main d'œuvre relativement intensive. Cette activité représente donc, de par sa nature, une aide sociale pour beaucoup de jeunes gens venus de province ou de Kinshasa pour trouver du travail. Ces derniers sont, par ailleurs, souvent sollicités par la suite pour participer aux travaux d'entretien des cultures.
Un brûlis regénérateur
Préparer le sol et assurer une nouvelle génération d'acacias
La préparation des surfaces pour leur mise en culture après le montage de meules de bois ou l'exportation du produit (charbon de bois) commence par un brûlis qui élimine les quelques herbes sèches et les branchages qui jonchent le sol.
Ce brûlis a, par ailleurs, l'effet de lever par la chaleur la dormance des graines d'acacias issues des arbres abattus sans pour autant détruire la couche de matière organique que constitue l'amas de feuilles accumulées pendant la période de croissance des acacias.
Un travail du sol simplifié
Pas de recours obligatoire à une mécanisation
Hormis la conservation de la fertilité du sol, l'un des principaux avantages de l'introduction de l'acacia est la non dépendance à la mécanisation grâce à celle-ci.
En savane, les sols doivent typiquement être labourés et hersés à un coût significatif pour l'exploitant. Par ailleurs, les tracteurs sont rares et leur manque retarde souvent les travaux de mise en culture. Avec l'acacia, le fermier n'est plus dépendant de l'intervention d'un tracteur et devient maître de son calendrier.
Les semis de maïs ou de niébé peuvent, en effet, se faire directement sans travail du sol. Le bouturage du manioc, quant à lui, demande un petit travail à la houe à l'endroit où la bouture est enfouie. Enfin, la densité des cultures est naturellement plus importante dans ces sols fertiles et protégés qu'en savane (15 000 à 20 000 pieds de manioc par hectare à Mampu contre moins de 10 000 en savane).
L'utilisation de variétés améliorées permet une couverture végétale qui domine rapidement les adventices. On constate comme en zone forestière un meilleur rendement en bouture par pied.
Entrée sur la plantation de Mampu
L'acacia fixe l'azote de l'atmosphère au niveau de ses racines
Les résidus de la carbonisation fournissent une source de potasse et de matière organique.
Protection du sol et fertilisation progressive grace au mulch.
La carbonisation du bois.
Son conditionnement.
Le produit fini prêt à la vente.
Les graines d'acacias, dont la dormance a été levée par le brûlis, germent.
Une nouvelle génération d'acacia se mélange aux cultures de maïs et de manioc.
L'agriculteur peut facilement contrôler la densité des jeunes arbres et leur alignement dès le premier sarclage.